Big, Sweet and Number 1

Neuf ans condensés en trois mots. Soit un mot tous les trois ans. C’est vous dire à quel point ils sont pesés… Ils peuvent résumer mon expérience de la vie américaine, du moins donner un aperçu de toutes ces années passées près de Chicago, avec ses « big » moments, ses « sweet » souvenirs, et le sentiment d’avoir été la plupart du temps reçu comme un number one (de quoi ? Là est toute la question…)

OLYMPUS DIGITAL CAMERABIG parce que Bigger is better. Tout doit être grand, gros, haut ou large. Les buildings, votre voiture, vos voitures plutôt (trois pour commencer), votre cuisine, même si vous n’y cuisinez jamais, votre « fridge », votre écran TV, votre master bedroom dans laquelle votre lit pourtant king size vous semblera un berceau. Cela vaut pour un évènement, un spectacle, pour des notions telles que l’ambition, le risque, la chance, tout autant que pour les idées, les sentiments ou les émotions.  Big, c’est beau, c’est bon, c’est bien. Big devient le minimum requis, Giant presque le standard en tout, comme pour nous, petit est charmant. Pas de petits verres, de petites vacances ou de petites soirées sympathiques. Il faut que ça déborde de partout. Le gallon, soit trois litres et demi environ, remplace le litre comme unité de mesure. Il nous est arrivé souvent de commander un seul plat pour deux dans un restaurant et d’en rapporter dans le doggy bag pour le repas du lendemain midi.

Cela rejaillit partout, sur la taille comme sur l’état d’esprit… Ils veulent du grand, ils se reconnaissent dans l’énorme, l’immense, pour le meilleur et pour le pire. La vie pour eux, c’est version XXL.

Une remise de diplôme, l’équivalent du bac, devient l’occasion d’un spectacle pyrotechnique dans un stade de foot plein à craquer dans toutes les écoles publiques.

Même le « petit » différent de voisinage devient inéluctablement Big. Notre chat nous a valu un procès avec un voisin parce qu’il avait l’audace de se promener à l’air libre et parfois jusque dans son jardin. Mille cinq cent dollars pour l’avocat. Big, je vous dis. Un matin, très tôt, ce voisin va jusqu’à débarquer sur mon pas de porte en robe de chambre alors qu’il faisait moins dix dehors avec cinquante centimètres de neige, partout pour me signifier sa vive réprobation au sujet de la présence de mon « french cat » sur un arbre mitoyen de son jardin, et son envie pressante de régler ce souci domestique d’une balle ou deux.

SWEET, le mot fourre tout. S’il n’y en a qu’un à savoir avant de partir, c’est celui là. A l’opposé de Fuck. Vous pouvez cependant les associer « This is fucking sweet », mieux encore, le faire précéder de temps à autre par « So ». Tout est sweet, tout doit être sweet, et pas seulement ce qui est sucré (Quoi qu’il en soit, tout ce que vous mangerez sera sucré et ce qui doit normalement l’être, une pâtisserie, baignera dans le sucre, comme les donuts) Vous êtes sympathique ? Vous êtes sweet. Vous flattez quelqu’un ? So sweet. C’est l’heure de dormir ? Sweet dreams. Essuyez vos pieds avant d’entrer sur le paillasson indiquant « home sweet home ». Même la viande rouge est meilleure si elle est sweet.

MV5BMTgxMjY1NTUxN15BMl5BanBnXkFtZTcwOTg1MDEyMQ@@._V1_SY317_CR3,0,214,317_AL_Un jour ou j’hésitais devant le rayon boucherie d’une grande surface entre différents morceaux de bœuf, l’employé me pointa du doigt l’un d’eux en m’assénant cet argument massue. Sweet. Une bonne salade de pâtes est sweet, une invitation à déjeuner aussi. Un chien, un chat, un hamster sera surnommé « sweetie ». Un enfant « sweetie pie ». Le mari, « sweetheart » ou « honey », ce qui est le comble du sweet.

FingerfoamamericaNUMBER ONE : Tout le monde est number one de quelque chose, Tout le monde doit être number one ou le deviendra un jour.  Les enfants l’ingurgitent avec leur biberon big size de sweet milk. Ils sont des number one en puissance, au moins sur un truc, sur n’importe quoi. Ils sont nés pour ça dans le pays number one.  Si ce n’est pas en sport, dans les études, ou dans les arts, ce sera dans la plomberie, le club sandwich ou le mass murder. Ils en sont intimement convaincus. Et si ce n’est pas Number One du monde, ce sera du continent, du pays, de l’Etat, de la ville, du quartier ou de la rue. Mais vous serez number one, que cela vous plaise ou non.

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Publié par

Francis Palluau

Scénariste, auteur, réalisateur, professeur, consultant touriste sédentaire.

8 réflexions au sujet de “Big, Sweet and Number 1”

  1. C’est exactement ce que je ressens de mon expérience aux USA. Ces superlatifs partout au quotidien.
    Même à l’époque, la prise d’otages en Iran, fut le plus grand du monde…

    Je me souviens: dînant dans un bon restaurant à Palm Spring, 4 égéries « blonde » (18 à 20 ans) sont venues à ma table, et mon saisi par les bras pour m’enlever de mon siège, de ma table, en me disant, « Hey! Come see, follow us, you’re shown on TV, in your series, just come! »
    Arrivés dans le Lounge Bar, ayant traversé le Restaurant escorté de mes blondes, les cheveux en bataille, effectivement, un type me ressemblant passait à la TV.
    C’était le plus grand enlèvement dont je fus l’heureuse victime.
    Elle m’ont suivi partout pendant 2 semaines, même si je m’évertuais à dire que ce n’était pas moi…
    Je corresponds encore avec une des 4… Au moins une fois par an, comme avec une touriste avec qui je voyageais qui en témoigne toujours… Depuis ce jour là, la Touriste m’appelle « Papillon ».
    Une belle histoire américaine.

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    1. Merci Caroline, c’est du vécu… Et je ne regrette nullement cette expérience, bien au contraire. Mon seul regret, ne pas en avoir profiter pour visiter le Québec, pas si loin, juste de l’autre côté du Lac Michigan. Mais j’irais un jour, c’est certain. J’en ai trop envie.

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  2. « Big. » You haven’t visited Texas…. if you think Chicago likes big, you’d be amazed at what Texans consider big! But you’re right, there is an over emphasis on size, probably because this country began with vast expanses and type A personalities who could have a huge house if they wanted it, and they then equated big with good, prosperity, and the « norm. »

    « Sweet. » One usage of this actually started here in California, I believe — it was a kind of slacker, surfer slang that caught on, where to say « sweet » in response was the same as acknowledging the statement with approval. Similar would be, « My bad. » (Which I detest.) But the other, calling someone « sweetie » or « honey » has been around for ages — that’s not American, per se, but simply English. Shakespeare used the word in the same manner. « Sweets to the sweet… » I hadn’t thought of how often « sweet » is used until you mentioned it — I don’t think it’s a word I personally use except to indicate quantity of sugar. Something is sweet or it isn’t, but I don’t use it as a catch-all word for approval, as a great many people do.

    But then, I’m a dinosaur.

    « Number One. » This, sadly, is true for a lot of the country. They are taught that there is only one option, and that (as you say) is to be #1. That’s why misguided teachers hand out awards to every child in a class so that they all can feel they are #1, never realizing that Life isn’t about being #1 — and not everyone can be #1 (or should be #1) in everything.

    It kind of saddens me to think that after nine years your assessment could be reduced to those three things, but I understand why it would be. In all societies there are overriding brush strokes that characterize the whole, even though within that whole one finds a myriad of examples that do not match the majority. This is true everywhere. It’s even true between regions of the US — California is very different from Chicago or NY. I think had you lived in NY your view would have been vastly different…but that’s neither here nor there. It would be the same if, as an American, I spent ten years in Marseilles versus Paris — two very different experiences.

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