Réservez votre place

P1020056

Ce banc vous attend. Osez perdre un moment.

Combien de moments perdus sur les bancs publics ? Combien de moments partagés, mémorables ? Combien de rencontres étonnantes, romantiques, passionnées, tragiques, comiques ? Combien d’amours, d’amitiés, de disputes, de ruptures, de réconciliations, de soliloques éloquents, enivrés, de rires et de larmes, de secrets murmurés, de confidences, d’aveux, de rumeurs, d’idées révolutionnaires ou suicidaires, de chefs d’œuvres et de complots ont eu un banc comme celui-ci pour siège, au sens propre et littéral ? Songez un instant à tous ces postérieurs passés à la postérité qui se sont attardés dessus, à tous ces chiens qui ont levé la patte à leurs pieds en remuant leur queue pendant que leur maitre et leur maitresse croisaient leurs jambes et se jaugeait du regard en remuant poliment des sourcils.

P1020062Prenez place et laissez vous aller. Il y aura toujours au moins un fantôme pour vous tenir compagnie. Le banc est le voleur de temps par excellence, l’éternel gaspilleur de minutes, réfractaire à la performance et à l’efficacité si célébrées en cette période survoltée. Même si certains blasphémateurs, adorateurs contemporains de l’art de mourir en pleine forme s’en servent pour affermir leurs abdos ou étirer leurs muscles avant ou après avoir couru (lire « Rien ne sert de courir… »)

Le banc est le polaroïd de l’éternel, l’origine du Facebook, l’autel de la vacuité. Et ne croyez pas surtout pas qu’il n’accueille que des bolosses, des paumés, des désœuvrés, des retraités. Toute l’humanité s’y adosse, s’y réfugie, s’y prélasse, gamins comme centenaires, en groupe ou par unité.

P1020063On s’y installe pour sentir l’instant infuser nos veines, pour se gorger des phrases d’un livre, pour réchauffer ses vieux os, pour se retrouver, avec soi ou à plusieurs, pour chasser de maussades pensées ou au contraire les ruminer, pour tirer des plans sur la comète, seul ou à plusieurs, ou simplement pour contempler, se laisse absorber par ce qui vous entoure ou se bercer de souvenirs.

Chaque banc à son fantôme, disais je, qu’il hante, et qui vous parle si vous prenez le temps de l’écouter. Celui de ce banc en particulier a eu son heure de gloire. Plus que son heure même, une vie de gloire dès son plus jeune age. Il ne veut pas que je cite son nom pour ne pas avoir trop de visites de fans non plus, de tag sur le banc, de fleurs etc, comme Jim Morrison sur sa tombe au père Lachaise. Il tient à sa tranquillité, après la vie survoltée qu’il a eu. Moi, je n’aimais pas trop ce qu’il faisait, je lui ai déjà dis mais bon. Il a inspiré des millions et des millions de gens dans le monde. Bref, on a sympathisé peu à peu. Il n’est pas méchant, juste un peu bizarre et facétieux parfois. Il ne sait même pas ce qu’il fait là. Il ne s’est pas pendu à cet arbre et ne connaissait même pas ce banc avant de mourir. Il vivait à des milliers de kilomètres d’ici.

Vous découvrirez son identité quand vous vous assiérez sur ce banc. Il se présentera et vous ferez connaissance. Et qui sait ? Peut être serez vous enchanté de ce moment perdu en sa compagnie… ?

Voici une première tentative de contact : Cet homme imite le chant du fantôme, au début du printemps, pour l’attirer. Hélas, un autre chant le perturbe, plus animal.

copyright

Publicités

Publié par

Francis Palluau

Scénariste, auteur, réalisateur, professeur, consultant touriste sédentaire.

6 réflexions au sujet de « Réservez votre place »

  1. D’abord, je n’ai jamais rencontré de fantôme méchant, mais des facétieux, oui, j’en veux pour preuve que j’en ai un qui m’accompagne partout. Peut-être est-ce pour cela que je ne m’assoie presque jamais sur un banc, la rencontre entre deux fantômes est-elle possible ? En tout cas, maintenant je ne verrai plus les bancs de la même façon. Votre histoire les hantera à tout jamais. Je m’approcherai, j’écouterai, entendrai-je ? C’est très drôle tout ça, car je suis persuadée que les chaises des parcs de Paris gardent en mémoire les conversations du monde passant comme un petit chaos de sons, de mots. Je n’avais jamais pensé aux bancs.

    J'aime

    1. J’aurai aimé filmer des personnes de tous ages et tous milieux, chacun s’asseyant à son tour sur ce banc et parlant à leur fantôme, pendant quelques minutes.C’est à dire non pas un proche, mais quelqu’un qui les a influencé, un artiste, musicien, auteur, ou un personnage historique, un champion sportif, et qui a disparu. Pour en faire une sorte de série web, mais pour l’instant, je n’ai guère eu le temps de vraiment m’en occuper et convaincre chaque personne n’est pas chose aisée. A suivre…

      J'aime

      1. Ne pas oublier que c’est à suivre… (c’est toi qui le disais). Je n’avais pas mis de ‘j’aime’ ou un fantôme l’aura enlevé ? super ! je peux donc cliquer un like en échange de ce petit moment de plaisir gagné… il va faire beau bientôt, juillet le promet, c’est un bon article qui donne envie d’aller à la rencontre des bancs… et de leur fantôme.

        J'aime

          1. Oh, c’est dommage ce fantôme aurait fini par me faire aimer les bancs. Mais un fantôme ne disparait jamais tout à fait, il doit être quelque part. A-t-il suivi le banc ou est-il resté au même endroit ? Je veux bien l’adopter s’il a perdu son banc. Nous cherchons un banc pour le jardin, je ne sais si celui qui nous trouvera aura une histoire, quelque fantôme avec lui, ou s’il sera vide… je souhaite un banc habité, il ira bien avec la maison, des milliers de voix s’y sont entrecroisées… Les fantômes me savent un peu des leur, j’apprendrai à leur parler, et en échange ils me raconteront, tout comme les arbres, d’ailleurs. J’ai un monde à ouvrir, il me suffit d’en trouver la clé, alors j’espère aussi pouvoir dire « à suivre ».

            Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s