Ne rien faire, mode d’emploi

Qu’est-ce que je vais faire ? J’sais pas quoi faire… répète l’enfant.

Et il se lamente. Et les parents s’énervent, eux qui ont tant à faire.

L’adolescent se pose la même question sur son futur, avec une angoisse qu’il dissimule comme il peut sous une frange souvent hirsute, parfois bicolore ou en crête, ou au contraire qu’il arbore sous forme de percing nasal, buccale, linguale, voire  mammaire, la peau parsemée de tatouages cabalistiques.

Le chômeur comme le retraité s’interrogent également sur leur devenir et y répondent sans grande conviction ni enthousiasme excessif en se noyant dans l’alcool, dans le poisson, au bout d’un hameçon et au bord d’une rivière, ou tout court, en se noyant eux même définitivement.

P1020140Pourquoi vouloir faire quelque chose à tout prix ?

Certes, cela peut paraître scandaleux, provocant, pire encore, méprisable, mais ne rien faire demande de l’audace, de la détermination et pourrait bien se révéler comme l’unique et l’ultime possibilité pour l’homme de survivre.

De grands penseurs ont parfaitement illustré cette idée transgressive, voire obscène, par leurs œuvres ou leur vie. Jean-Jacques Rousseau pour prendre un illustre exemple, avec « Les Rêveries du promeneur solitaire », ode à la contemplation et qu’il n’a d’ailleurs pas achevé…

La loi la plus fondamentale de la physique, la gravité, fut découverte par un glandeur qui révassait sous un pommier.

L’an 01, de Gébé, bande dessinée qui se présente comme un hymne à ce concept, sous le slogan : « On arrête tout ». Elle fut adaptée plus tard en film, réalisé par Jacques Doillon et Alain Resnais, ce qui constitue en fait un paradoxe en soi pour deux raisons, puisque faire un film n’est pas ne rien faire, même si parfois on peut le regretter… mais surtout parce que ces deux réalisateurs n’ont pas suivi leur propre précepte et n’ont pas arrêté pour autant de faire des films (et des excellents en plus, ce qui en devient inexcusable.).

Voici donc dix conseils modestes d'un amateur confirmé aux débutants affairés  :

1 Commencer par un quart d’heure par jour pour ne pas risquer l’overdose, une crampe neuronale, une ankylose cervicale, un vertige spirituel ou une somnolence inopinée. Augmenter progressivement d’un quart d’heure par semaine.

2 Ne pas culpabiliser : Si personne ne faisait plus rien, les êtres humains et la planète se porteraient sans conteste mieux. Pas de surpopulation (car ne rien faire c’est ne rien faire), pas de pollution, pas de krach boursier, de guerres, de terrorismes, de pubs à la télé, d’embouteillages, de manifestations ou même de grèves, (car si tout le monde se met à ne rien faire, inutile de protester en arrêtant d’arrêter).

3 – Remettre à plus tard ce que vous pouvez faire tout de suite. A demain, ce que vous devriez faire aujourd’hui, au mois prochain, ce que vous auriez pu faire il y a un trimestre, à la décennie suivante ce que vous n’auriez jamais du commencer. Les taches les plus urgentes, les plus indispensablesn s’avèrent la plupart du temps vaines et facultatives, source de stress et dispendieuses en énergie.

4 – Bien que le silence soit préférable à la conversation si l’on veut progresser, parler pour ne rien dire est envisageable, seul ou en groupe, pour peu que vous n’ayez aucune ambition de convaincre, de vendre ou d’émettre une opinion, quelle qu’elle soit, et d’autant plus nuisible qu’elle serait intéressante ou productive.

5 – Adopter une attitude confortable, allongé sur l’herbe, assis sur un banc, adossé à un arbre, avachi sur un canapé, debout immobile, ou marcher, lentement et sans but, de préférence en marche arrière pour éviter de se donner une quelconque destination comme prétexte.

Démonstration :
https://www.youtube.com/watch?v=9M-86Q-vJ8o&feature=youtu.be

6 – Ne pas confondre avec les vacances, période éphémère durant laquelle on s’épuise à vouloir s’amuser et se relaxer, se dépayser et se ressourcer, copuler et affiner son cancer de la peau en rôtissant, bien huilé, sur une serviette de plage. Ne rien faire est une attitude générale, qui doit tendre vers le permanent.

7 – Eviter de se laisser distraire par un livre, un film, un match de foot, même une musique, de jolies jambes ou un torse athlétique. Résister a toutes envies, fussent elles charnelles, les préliminaires sont tolérés pour peu qu’ils n’aboutissent pas. Ne pas chatter, twitter, facebooker, sur son portable, prendre un selfie maximum, si on ne peut vraiment pas s’en empêcher, ne pas surfer sur internet non plus. Ne pas s’assoupir. Soyez rigoureux. Ne rien faire, c’est ne rien faire.

8 – ne pas se projeter dans l’avenir, ne pas ruminer le passé, mais se concentrer sur des choses fugaces, inutiles, dérisoires, utopiques, absurdes, sans réfléchir, sans aller jusqu’au bout de ses pensées, ou à la rigueur, contempler…

9 – En cas de rechute, ne pas s’en vouloir ni se sous estimer. Recommencez, vous finirez par arriver à ne rien faire un jour ou l’autre. Rien ne presse, pour ne rien faire, il faut d’abord prendre son temps et apprendre à le perdre.

10 – A vous de terminer en vous adressant vous même un dernier conseil. Remarquez, je vous le déconseille. Ne pas terminer est le signe certain d’une maturité dans l’art de ne rien faire. En tous cas, moi, c’est décidé, je ne terminerais pas à votre place.

copyright

Publicités

Publié par

Francis Palluau

Scénariste, auteur, réalisateur, professeur, consultant touriste sédentaire.

9 réflexions au sujet de « Ne rien faire, mode d’emploi »

    1. Je ne suis pas certain que la vie ait un but, si ce n’est de se perpétuer. Disons que le point de vue de cet article est une sorte de réaction à une société qui confond performance, productivisme à tout crin, soit disante efficacité et réalisation de soi-même.

      Aimé par 1 personne

  1. Après ce commentaire, je commence. Un quart d’heure par jour au début, c’est bon. En fait, tu as inventé une forme de méditation : « de la patience tu te donneras… la culpabilité tu ignoreras… l’assise confortable tu apprendras… à plus tard ou même jamais tout tu remettras… du silence tu jouiras… aucune distraction tu n’auras… aucune pensée tu ne retiendras… de la rumination tu t’abstiendras… jour après jour tu recommenceras… des conseils tu t’élimineras… »

    Aimé par 1 personne

      1. « A nul autre ne te compareras » Est-il besoin de le savoir pour la pratiquer ? Un art de vivre en quelque sorte. Bienheureux celui qui n’a pas à l’apprendre… j’en connais un qui fait ça très bien, naturellement.

        Aimé par 1 personne

  2. Super programme ! Mais je craque toujours au n° 7. La marche arrière c’est tout un art aussi. Il y a une vidéo d’un français à Tokyo qui a parcouru la ville en marche arrière pendant 9 heures…Marcher sans but, quel boulot !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s