Sèche-limbes

Mon fils et moi, nous allons souvent mettre du linge à sécher à la laverie du coin. Il aime regarder les vêtements tourner dans le tambour, les couleurs et les formes se mêler derrière le hublot, dans cette atmosphère tiède et mécanique, paisible et somme toute conviviale.

Il sourit et se détend. Ça coute un euro pour huit minutes. Je mets en moyenne deux euros. Soit en fait le tarif par minute d’une place de cinéma, onze euros pour une séance d’une heure trente environ. La salle est correcte, l’écran est grand, les sièges sont confortables, le son est bon.

Qui ne s’est jamais laissé absorber dans la contemplation d’un feu de cheminée, dans ses crépitements, ses rougeoiements, ses flammes langoureuses et leur spectre allant du bleu au rouge ? Ou dans celle d’un aquarium et de ses scintillements, des ses myriades en suspension, ses volutes d’écailles hypnotiques ? Dans le défilé des nuages, leurs imperceptibles et silencieuses mutations, allongé dans l’herbe ?

Chaque objet, chaque instant, fut-il insignifiant, quotidien, recèle une infinité d’histoires, d’interactions, d‘éventualités, tragiques ou vivifiantes, auxquelles nous prêtons ou non un sens.

Pendant que ce linge met en scène la gravitation universelle, deux hommes se croisent un instant sur le trottoir, derrière la façade vitrée, en s’ignorant mutuellement en apparence, avant de poursuivre leur route.

Un commencement et une fin. Un condensé. Ce qui aurait pu se passer, ce qui s’est passé ou se passera entre eux. Ou pas.

Mon fils aura vingt-cinq ans après demain. Nous fêtons son anniversaire aujourd’hui.

A lire éventuellement un article précédent le concernant : « la toupie vivante »

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Publié par

Francis Palluau

Scénariste, auteur, réalisateur, professeur, consultant touriste sédentaire.

10 réflexions au sujet de “Sèche-limbes”

  1. C’est vrai que ce sont deux relectures différentes, qui ne s’attachent pas à corriger la même chose. Je pense qu’on ne peut pas être attentif aux deux en même temps (au rythme / style, et à l’orthographe). Il faut séparer les tâches. Pour ma part je suis en plein apprentissage de la relecture, ce n’est pas évident du tout! Il faut un œil critique aiguisé. Cela demande de l’entraînement. Bonne continuation!

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  2. Un texte agréable! J’aime moi aussi ces moments de rêverie. Bon anniversaire au fils! (par contre il me semble qu’il faut écrire « rougeoiement », mais ce n’est qu’un détail, on laisse tous passer des erreurs).

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