Une famille normale…

…Tout ce qu’il y a de plus normale. C’était une réplique de Carole Bouquet dans mon film « Bienvenue chez les Rozes ». A l’occasion de sa rediffusion sur ciné + les 26, 28 et 30 Mai, j’en profite pour rendre hommage à Michel Duchaussoy, décédé en  2012.

Michel Duchaussoy.
Michel Duchaussoy.

C’est une de ses rencontres marquantes dont je parle dans un article précédent « J’ai raté ta vie« . Un comédien aussi humble que prodigieux, capable de tout jouer, qui a d’ailleurs pratiquement tout joué !  Et un homme d’une sensibilité et d’une subtilité rares. Une Rolls comme dit Francis Veber…

D’autre part, pour ceux que ça intéresse, voici quelques documents « collector », qui n’ont jamais été diffusé, sinon à la presse.

Une maquette, abandonnée, pour le dos de la jaquette du DVd
Une maquette, abandonnée, pour le dos de la jaquette du DVd

ENTRETIEN d’Anthony Bobeau pour le dossier de presse (Extraits) :

Bienvenue chez les Rozes est-elle une comédie sur les apparences ?

Exactement. C’est un jeu sur la respectabilité et le politiquement correct. Une charmante maison en meulière n’abrite pas forcément une charmante famille. Si on ne dit plus « la bonne » mais une employée de maison, on ne la maltraite pas moins pour autant. Le rire est un bon outil pour gratter le vernis social.

Comment définiriez-vous les Rozes ?

Une famille de la moyenne bourgeoisie satisfaite d’elle-même et de sa réussite. Elle « se dévoue » comme assistante sociale pour enfants autistes. Lui est négociant en vin. Quelqu’un qui s’occupe de vin ne peut pas être foncièrement mauvais. Ils s’aiment depuis vingt ans. Leurs enfants sont brillants. Seulement ils s’ennuient profondément. Ils sont prisonniers de leur cage dorée dans laquelle ils tournent en rond. Un fauve sommeille en eux, qui va se réveiller.

Avez-vous écrit le scénario en pensant à certains acteurs ?

Surtout pas. L’image d’un acteur induit une définition précise du personnage pour moi. En cours d’écriture, ça ne peut que limiter sa marge de manœuvre, sa faculté de me surprendre. En revanche, en relecture, des noms se sont imposés avec évidence. Carole Bouquet et Lorant Deutsch en l’occurrence. Carole est l’image par excellence de la femme idéale, mais derrière les apparences encore une fois… Eh bien, l’actrice s’amuse d’elle-même avec humour et virtuosité. Lorant, lui, je ne sais pas comment il fait pour être émouvant et drôle en même temps.

Et pour les autres ?

Charles Gassot m’a fait rencontrer Jean Dujardin et André Wilms. Jean apporte cette générosité et cette chaleur qui rend MG si touchant. André a insufflé à son personnage toute son étrangeté. C’est un alien, je crois. Pour Clémence Poesy, elle était la seule à dégager cette candeur et cette grâce que son rôle réclamait. Quant à Michel Duchaussoy, il a l’humour indispensable pour jouer l’oncle insupportable. Sa jubilation éclate à chaque plan.

Comment avez-vous procédé pour diriger vos comédiens ?

J’ai été comédien et metteur en scène de théâtre. Ça m’a permis de mieux les comprendre. Mais avant tout, il faut bien les choisir. Chaque acteur est unique et irremplaçable. Si vous vous trompez, vous vous trompez de film. Après, il s’agit moins de les diriger que de leur indiquer une direction. Éviter à tout pris la caricature, par exemple. Le rire doit naître naturellement -et seulement- de la situation. Il fallait oublier qu’on était dans une comédie.

Que vous a apporté le passage à la réalisation ?

La possibilité d’aller jusqu’au bout de son rêve. Avec Charles Gassot à ses côtés, tout paraît plus facile. C’est un enthousiaste qui vous transmet sa confiance. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi gonflé, qui ne se satisfait pas des recettes toutes faites. Il sait vous entourer tout en vous laissant carte blanche. Mon seul souci fut de conserver une ligne directrice cohérente.

Quelle était cette ligne directrice ?

Tout devait être au service de l’histoire sans chercher le rire à tout prix, le gag ou le clin d’œil. Louna Morard, mon assistante, m’a beaucoup aidé à obtenir le résultat que je souhaitais. Je voulais surprendre le spectateur, l’emmener dans un monde aux frontières du réel, sans toutefois le perdre en route !

Le film est très stylisé. Les contrastes entre les images sont forts, pour délimiter deux univers, celui des évadés et celui des Rozes…

Pour les scènes avec les deux évadés, je voulais une image qui rappelle celle du film noir. Romain Winding m’a proposé d’utiliser la technique du « sans blanchiment ». Il s’agit d’un traitement de la pellicule qui durcit les contrastes et atténue les couleurs. Cela permet de souligner le passé des deux évadés, un passé lourd et violent. Et surtout, cela crée un contraste avec la ville dans laquelle ils trouvent refuge qui apparaît comme un monde paradisiaque.

Justement, l’univers des Rozes est très coloré …

Il est frais, pimpant, chatoyant, proche du Technicolor qui donne un aspect catalogue à la maison des Rozes. Cette famille n’a pas mauvais goût, sa maison n’est pas vraiment kitch, mais tout y est trop propre, trop net comme sur les photos d’un catalogue de meubles. Cela contribue à renforcer le malaise.

La plupart des extérieurs sont en décor naturel, sauf le jardin des Rozes…

Il s’agit d’une vision de Gilbert, joué par Laurent. Un reflet de son état d’esprit. Ce jardin n’est pratiquement jamais vu d’un autre point de vue. Il n’est pas réaliste, plutôt virtuel. Quand Gilbert l’observe la première fois, le jardin est très ordonné. Ensuite, il s’épanouit et déborde comme les Rozes qui perdent toute retenue. Puis, il ressemble à une friche ou prolifèrent les mauvaises herbes. Enfin, le jardin devient une vraie jungle qui correspond à la dégénérescence de la nature humaine de ses propriétaires.

Les randonneurs, le rideau végétal, la mort omniprésente ne pourraient-ils pas rapprocher Bienvenue chez les Rozes d’une tragédie dont les règles auraient été perverties par l’humour noir ?

J’adore que les règles d’un genre bien établi soient détournées. C’est un plaisir ludique. Ici, je voulais pouvoir casser le rythme de l’histoire afin que les spectateurs soient toujours surpris, quittes à être déroutés. Je suis allé aussi loin que je le pouvais. Le cinéma est l’un des derniers espaces de liberté.

Entretien avec Jean Dujardin pour le dossier de presse (Extraits) :

Quel réalisateur est Francis Palluau?

Il est humain. Je dis ça parce qu’il était toujours disponible et souriant. Il était également sur de lui, jamais débordé alors que c’était son premier film. Il a les pieds sur terre et malgré tout un imaginaire incroyable. J’ai pu lui parler ouvertement de mes angoisses car j’avais du mal à trouver mon personnage. J’ouvrais une porte de jeu que je n’avais pas l’habitude d’ouvrir. Je devais jouer avec plus de retenue et plus d’émotion. Francis voulait à tout prix éviter la caricature. Lorant et moi devions ainsi être trés premier degré pour accentuer le décalage avec les Rozes.

Ressentiez-vous une pression liée à votre passage du petit au grand écran?

Oui, je me suis même tétanisé tout seul. J’avais peur de ne pas pouvoir aligner trois mots. Francis et Charles m’ont rassuré. J’étais tout de même impressionné de me retrouver face à Carole Bouquet, André Wilms et Michel Duchaussoy. Heureusement, Lorant Deutsch était là pour détendre l’atmosphère. Et puis, j’ai finalement découvert que soit au cinéma, ou la télévision ou même au théâtre, il s’agit toujours du même métier de comédien.

Bienvenue chez les Rozes a été une expérience formatrice pour vous ?

C’est sur que je m’en souviendrai. Pour ce film, j’ai du me mettre dans des états ! Je pensais en permanence au background plutôt sombre de MG. J’ai également découvert toute la technique propre au cinéma. J’étais parfois spectateur sur le tournage. J’y ai beaucoup appris. Bienvenue chez les Rozes est un film que je défendrai toujours. J’aime cet univers qui est rare au cinéma. Je ne remercierai jamais assez Francis de m’avoir offert ce rôle. Il m’a fait grandir.

Une anecdote amusante pour finir.

Affiche pour le festival de Kiev, Ukraine.
Affiche pour le festival de Kiev, Ukraine.

Ce film ayant été sélectionné au festival du film de Kiev, j’ai été invité dans cette ville magnifique. Cela a été l’occasion de le voir projeté, non pas sous-titré, mais en « Voice Over », comme cela se faisait beaucoup en Ukraine (comme dans d’autres pays de l’Est). C’est à dire doublé en direct, par une seule personne au micro dans la salle, qui fait toute les voix. Le public est habitué mais entendre Carole Bouquet prononcer certaines répliques avec une voix d’homme, en langue slave qui plus est, a été un grand moment de stupéfaction et d’hilarité pour moi.

Enfin, une pensée spéciale, amicale et reconnaissante à Charles Gassot, Carole Bouquet, Louna Morard, ma première assistante si précieuse, Romain Winding, chef opérateur et Daniel Chevalier, directeur de production. Merci pour tout ce que vous m’avez offert.

copyright

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Publié par

Francis Palluau

Scénariste, auteur, réalisateur, professeur, consultant touriste sédentaire.

9 réflexions au sujet de « Une famille normale… »

  1. L’avantage du DVD sur les chaînes de télé, c’est qu’on peut se repasser le film quand on veut. Il y a quelques jours, je me suis dit que j’allais le revoir, c’est un bon film pour l’été, je trouve.

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai finalement trouvé le film dans une boutique de dvd. J’ai passé un très bon moment en le visionnant. Tous ces acteurs connus et reconnus dans un premier film, c’est vraiment une aubaine. Et j’ai pu voir dans les bonus du dvd qu’il semblait y avoir une excellente ambiance sur le plateau, des interviews très sympa d’acteurs et en prime plusieurs apparitions du réalisateur.

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  3. Il y a un moment que je veux te demander. Comment fait-on pour voir ton film ? Est-ce qu’il repasse à la télé sur les chaînes de la TNT de temps à autre ? J’ai cherché dans les dvd de plusieurs magasins et pas trouvé.

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