HRAESVELGR

Et la lumière fut. Et la lumière nous fit telle que nous sommes, ou du moins en passe de l’être. A savoir des mutants.

L'observatoire de Meudon au coucher du soleil, vu de l'autre colline.
L’observatoire de Meudon au coucher du soleil, vu de l’autre colline.

Leur espèce était déjà éteinte depuis presque cinq cent cinquante mille ans lorsqu’ils arrivèrent sur notre Terre. Ils ne nous voulaient ni bien ni mal. Juste survivre, ou plus exactement revivre. Bien avant cela, avant que leur étoile ne commença à s’essouffler et à refroidir, à enfler puis à s’effondrer pour devenir cette naine rouge cacochyme régnant désormais au centre d’un cimetière, ils se savaient condamnés.

œuvre de Brian Mc Cormack, exposé au domaine National de Saint-Cloud, le géant HRAESVELGR de la mythologie nordique
œuvre de Brian Mc Cormack, exposé au domaine National de Saint-Cloud, le géant HRAESVELGR de la mythologie nordique

En dépit de leur technologie, de leur savoir infiniment supérieur au notre, ils ne leur restaient qu’une issue envisageable : abandonner leur monde pour un autre plus jeune. Seulement toutes les planètes qui auraient pu les abriter se situaient trop loin, à des centaines de milliers d’années lumières, pour envisager un exode massif, voire d’y envoyer seulement une poignée de leurs congénères. Même pour une civilisation aussi avancée, pour des êtres aussi inventifs et audacieux, les contraintes et les limites du voyage spatial interdisaient d’y songer.

En revanche, ils maitrisaient tous les secrets de la lumière, sa structure, ses lois, comme ses infinies possibilités. A la source de tout, énergie pure, cet élément fondamental, le plus fiable, le plus direct et rapide pour aller d’un point à un autre de l’Univers, mais également pour transmettre des informations, leur permit d’espérer, de représenter le phare qui guiderait leur radeau de survie jusqu’à un port accueillant et paisible.

Lorsqu’elle traverse un plante, ou d’autres formes de vie, la lumière se polarise et garde une signature, de ses pigments en l’occurrence, une trace de ce passage qui modifie ses longueurs d’ondes. Signature qu’il est possible de retrouver et de décrypter à l’autre bout de notre galaxie par exemple. Les Hraesvelgr, c’était le nom de leur peuple et de leur planète, du moins transcrit phonétiquement, employèrent le procédé inverse, que nous ignorons encore. Soit modifier l’être vivant traversé par la lumière, dans ses cellules, ses neurones particulièrement.

C'est à peu près ainsi, du moins d'une manière imagée, qu'ils sont arrivés jusqu'à nous. En nous. et qu'ils nous ont transformés. Par la lumière.
C’est à peu près ainsi, du moins d’une manière imagée, qu’ils sont arrivés jusqu’à nous. En nous. et qu’ils nous ont transformés. Par la lumière.

Ils programmèrent les longueurs d’ondes spectrales pour leur insérer toutes les données indispensables les concernant. Leurs codes génétiques, leurs connaissances dans tous les domaines. Une sorte d’Arche de Noé lumineuse, d’autant plus vaste et insubmersible qu’elle était impalpable, contenant tout leur environnement, jusqu’à leur manière de penser et de ressentir.

Lorsque leurs premiers photons ainsi modifiés commencèrent à laisser leur marque dans notre cortex cérébral, nous ne maitrisions pas encore le feu. Nous n’étions qu’une espèce animale parmi tant d’autres, dans laquelle ils éveillèrent en premier lieu la conscience, cette capacité mentale, à la fois don et malédiction, de se projeter hors de soi même, hors de l’instant, cette faculté de donner du sens.

Depuis, peu à peu, insensiblement, au cours des derniers millénaires, car toutes leurs données ne nous sont pas encore parvenues, ne nous ont pas encore imprégnées, nous recréons le monde à leur image, selon leur mode de vie, leur culture, leur art, leur science.

œuvre exposée dans le parc du musé de la céramique de Sèvres.
œuvre exposée dans le parc du musée de la céramique de Sèvres.

Les Hraesvelgr nous façonnent à distance, nous programment pour leur ressembler, jusqu’à nous inciter à modifier notre ADN. Et quand nous scrutons le ciel, pour peu que nous sachions où chercher, avec les radiotélescopes les plus perfectionnés, nous pouvons encore apercevoir les lueurs de leur système, tel qu’il était quand le dernier représentant de leur espèce vivait encore dans un monde de désolation. Le dernier vigile et gardien de leur phare, souriant et confiant.

Non, les extra-terrestres ne nous observent pas, ne nous survolent pas, ne nous visitent pas. Ils ne sont pas non plus parmi nous sans que nous le sachions. Ils sont en nous, ils sont devenus ce que nous sommes. Leur lumière nous fait chaque jour un peu plus à leur image.copyrightLien vers un article, paru dans le Nouvel Obs, qui m’a donné l’idée de départ de cette nouvelle. Autre lien vers Wikipédia pour en savoir éventuellement plus sur la Lumière.

Cette ébauche de nouvelle, que j’envisage d’étoffer plus tard, est dédiée à mon oncle, grand lecteur de science fiction, qui me donna le gout de la lecture et de ce genre littéraire en particulier. J’ai passé des heures dans son grenier à dévorer les centaines de ces éditions populaires qu’il y entreposaient.

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Publié par

Francis Palluau

Scénariste, auteur, réalisateur, professeur, consultant touriste sédentaire.

27 réflexions au sujet de « HRAESVELGR »

  1. J’adore ! Effectivement, c’est un sujet qui gagne à être étoffé 🙂
    C’est rigolo, j’ai justement commencé à lire (laborieusement) « Une brève histoire du temps » de Stephen Hawking où il nous parle de la lumière et de sa trajectoire. Du coup, votre texte est un peu moins chinois pour moi (qui suis allergique à la physique).
    Curieuse de lire la suite !

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  2. Super cette nouvelle idée Francis, moi je prononce Erazvelgrrr; ça me fait penser à Eraserhead et à un livre de philip K. Dick (lu y’a bien longtemps) où (d’après ce dont je me rappelle) de la lumière finissait par remonter dans les branches des arbres et scintiller au bout de chacune d’elle…

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      1. Normal! Je me suis réveillée avec le titre du livre: « la couleur tombée du ciel », et c’est Lovecraft, pas K. Dick! (GLOUPS!) je le lisais aussi pas mal bien qu’il ne m’aidait pas à m’endormir!

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  3. C’est joli. Oh oui, étoffez, s’il vous plait. Et pour la prononciation il suffit d’écouter en soi comment le nom nous parle, ils nous le disent, et si notre langue à du mal à le dire c’est qu’elle n’est pas encore au point. Ça viendra.
    Pendant que vous étiez dans la lumière, j’étais dans l’énergie, j’me suis fait un p’tit voyage au fin fond du cosmos. On aurait pu s’apercevoir.

    Aimé par 1 personne

    1. Tiens donc… seriez vous un peu « alien » sur les bords ? J’ai eu cette idée hier, en lisant cet article puis en allant au musée de la Céramique à Sèvres. Ça fait longtemps que j’ai envie d’aborder la science fiction. C’est pourtant un univers qui m’est familier, que j’adore, et pourtant, je n’en avais encore jamais écrit. A part une adaptation pour un long métrage qui devait être produit par le producteur de « bienvenue chez les Rozes » mais finalement trop cher, de ‘Martian go home » de Fredric Brown, un auteur de science fiction drôlissime des années 60.

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      1. Ecrivez ! Faites un bon livre, vous en avez les moyens, votre écriture est solide et pas plan plan comme certains auteurs à succès, et puis là au moins vous pourrez parlez des cordes sans que ça fasse cheveu dans la soucoupe. Faites-vous plaisir, il sera toujours temps d’en tirer un scénario, non ? Je ne connais pas Martian go home, je me suis arrêtée à Bradbury… ah non, il y a eu aussi l’excellent Hypérion et ses suites, de Dan Simmons. Perso je préfère le fantastique, mais je vous suivrai à fond pour vous lire en science-fiction et je suis certaine de ne pas être la seule.

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        1. J’aime tout autant le fantastique (beaucoup confondent les deux, surtout les producteurs…) Mais en effet, j’aimerais aborder franchement ce genre, qui permet de recréer un monde de A jusqu’à Z pour y projeter nos fantasmes et nos craintes. Et vos encouragements chaleureux m’y incitent !

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              1. Alors possible qu’on le voit un jour sur les écrans. Il faut combien de temps entre l’écriture d’un scénario (je suppose que vous avez un délai à respecter) et la sortie en salle d’un film ?

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                1. C’est assez variable. Cela peut s’étendre de 1 an à trois ans. Six à huit mois pour l’écriture, trois à six mois pour la recherche de financement et pré casting (parfois beaucoup plus), trois mois de préparation de tournage environ, deux mois de tournage, quatre à six mois de post production (montage, bande son, bande annonce, marketing, etc…)

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