D’obscures lumières…

AveuglésA défaut du siècle des Lumières, depuis trop longtemps éteint pour empêcher le notre de sombrer chaque jour un peu plus dans l’obscurantisme, je vous propose une minute cinquante deux de projections lumineuses. Soit une estimation à la louche du temps pour parcourir cet article à une vitesse moyenne. Des images et des légendes plus ou moins obscures, plus ou moins vraies comme le sont toutes légendes, mais qui peuvent peut être nous éclairer en partie sur notre part d’ombre.

Commençons par cette femme emblématique qui retient son enfant, dont le regard désemparé ignore notre existence, pendant que nous levons les yeux vers cette baie vitrée, tout aussi impuissants dans le noir par leur détresse qui nous éblouit.

C’est à une sorte de reportage improvisé, bricolé, fantaisiste, que je vous convie. Un reportage réalisé au péril de ma vie durant un périple nocturne, en vélib et à pieds, dans la jungle urbaine de la Ville Lumière. C’était à l’occasion de la Nuit Blanche à Paris, qui eut lieu le 3 Octobre, jour de mon anniversaire qui plus est (loin de moi pourtant de prétendre que je suis une lumière…). Quelques clichés agrémentés d’observations qui me stupéfie moi même par leur pertinence, soulignés d’élucubrations dues sans doute à mon état d’euphorie après quelques verres de Saint Émilion dans le parc Monceau. Car nous avions pris soin d’emporter deux verres et une bonne bouteille pour cette expédition afin de noyer mon millésime dans l’oubli.

N’hésitez pas à cliquer sur les photos et le GIF pour les agrandir. Les photographies, celle ci-dessus comme les quatre suivantes, projetées sur les façades et les fenêtres, côté cour, d’un immeuble situé rue de Monceau, sont des œuvres de Munem Wasif sur le Bengladesh. Cette projection était organisée par « Action contre la faim » et l’Agence Vu, et accueillie par la SCAM.

Si loin de nous et si proche à la fois, ombre projetée derrière cette fenêtre.
Si loin de nous et si proche à la fois, une silhouette projetée derrière cette fenêtre, nous observe sans nous voir.
Le végétal effleure la main, qui lui offre en retour sa lumière.
Le végétal effleure la main, qui lui offre en retour sa lumière.
Paradoxe et malaise de contempler le malheur et la misère étalés sur les murs, irradiant les fenêtres d'une cour d'un ancien hôtel particulier de Paris,
Cruel paradoxe de contempler le malheur et la misère étalés sur les murs, irradiant les vitres d’une cour d’un ancien hôtel particulier de Paris.
Deux mondes parallèles qui font mine de se rencontrer, juste un instant.
Deux mondes parallèles dont l’un fait mine de rencontrer l’autre, en s’émerveillant du lieu, fasciné par la réelle beauté des images. Émotion malgré tout teintée de désarroi et de mauvaise conscience, à raison… le temps de la visite.

vagues-lumineusesGIF réalisé au parc de Clichy-Batignolles-Martin Luther king. œuvre de brume et de lumière, de Daan Roosegaarde, intitulée « waterlicht ».

Danse langoureuse des molécules d’eau en suspension dans l’air avec les photons venus des étoiles… ou plus surement d’un dispositif scénique.

Cela aurait pu être une parfaite illustration pour ma brève nouvelle, « Hraesvelgr« , que je compte développer bientôt, suite à plusieurs encouragements chaleureux de lecteurs.

Ice monument de l'artiste chinoise Zhenchen Liu
Ice monument de l’artiste chinoise Zhenchen Liu

Manifestation de fabricants de glaces sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris. Les bâtonnets des esquimaux géants, en bois provenant de forêts équitables, ont été scellés dans le sol en signe de protestation contre une nouvelle taxe écologique.

La fonte des glaces due au réchauffement climatique.
La fonte des glaces due au réchauffement climatique.

Les badauds étaient incités à venir lécher les esquimaux au citron, à la fraise ou à la menthe, au curaçao et au lait de coco, contre leur signature sur une pétition. Hélas, le peu d’enthousiasme populaire, sans doute du à des principes républicains d’hygiène publique élémentaire, provoqua ce scandaleux gâchis alimentaire .

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Publié par

Francis Palluau

Scénariste, auteur, réalisateur, professeur, consultant touriste sédentaire.

25 réflexions au sujet de « D’obscures lumières… »

  1. Je crois que j’ai oublié hier (pardon Francis!) mais, ce soir, c’est fait! j’ai r’voté.
    Bon, ces « obscures lumières » me travaillent; « deux mondes paralléles, dont l’un FAIT MINE (tu l’as dit!) de rencontrer l’autre… » fasciné par le lieu où sont EXPOSEES ces personnes en détresse… Moi, ça me met mal à l’aise et en colère. je voudrais bien savoir ce que penseraient ces gens (affichés ainsi dans leurs souffrances, sans pudeur) de cet autre monde qui utilise leur image, dans ce rapport CHOC, pour s’épater entre eux… s’ils savaient bien sûr! Qu’il y a vraiment des tordus? mais ils ont malheureusement d’autres préoccupations!
    Celle de la main aux feuillages est très belle, elle laisse libre cours à l’imagination, à l’interprétation, douce ou inquiète, c’est un tissus ou ce sont des dunes avec quelques silhouettes qui s’y promènent?…
    C’est quoi une belle image? Ton gif est très beau! Ben ouais les glaces géantes on n’pouvaient pas y goûter! Y’avait un cordon de sécurité autour d’abord!

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    1. C’est tout à fait le sentiment que j’ai éprouvé, cette dualité, ce malaise aussi. Maintenant, il faut savoir que le photographe est né au Bengladesh et y a toujours vécu. Ses photos étaient à l’origine pour informer sur la situation catastrophique de son pays et récolter des fonds.

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  2. Dans le canular je suis tombée, mais au moins n’y suis-je pas seule. Et pourtant tes photos ne montrent personne en train de lécher, et vu comme les gens s’empressent de manger tout ce qu’on leur propose de gratuit même quand c’est tripoté par des mains autrement moins hygiéniques que des bouches, je suis certaine qu’il y aurait eu du monde près des esquimaux, surtout qu’ils sont en bon état. On fait dire ce qu’on veut aux photos et pourtant ici les photos sont très bavardes (celles de l’hôtel particulier mériteraient d’ailleurs de s’y poser plus que je ne l’ai ébauché). Et justement, ces glaces qui sont étonnamment en bon état – et ça m’avait pourtant mis la puce à l’oreille – montrent que quelque chose ne concordait pas avec ce que tu nous disais, il suffisait de regarder et de croire ce qu’on voyait plutôt que de vouloir croire tes élucubrations. Celui qui regarde ou lit est responsable de ce qu’il voit et veut croire. Je crois aussi qu’on lit toujours trop vite un article (et celui-ci foisonnait d’informations), oubliant souvent le titre, ne lisant pas entre les lignes et finalement se focalisant sur le commentaire qu’on essaie d’écrire, passant un peu outre ce qui parle en nous, comme ici en l’occurrence. Au final, je te remercie pour tout ça.

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    1. Commentaire qui éclaire ses « obscures lumières » sous un angle vraiment intéressant selon moi. Non seulement parce que c’était justement un peu mon propos, mais aussi parce que j’aime avant tout ce mélange des genres, le sérieux et le dérisoire, le vrai et le faux, le réel et l’imaginaire. A chacun d’y faire son tri et d’y trouver ce qu’il n’est pas nécessairement venu chercher.

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      1. Oh Paris me manque… et ne m’en manque que plus quand je regarde ces photos, imaginant cette promenade le soir de votre anniversaire, cette errance dans cette ville qu’il m’a été donné d’aimer pendant… seulement… quelques mois de ma vie… il y a trop longtemps déjà… quand j’y retourne, on se fixe un rendez-vous, avec ‘vy et son mari peut-être, et on se fait un périple en gang, ok?
        Et en passant, pour la brosse électrique… je ne voudrais surtout que personne se blesse! Je me laisse emporter parfois, je sais….

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  3. Bonjour Francis. Beaucoup de réflexions suscitées effectivement par votre reportage. La première qui me vient toujours à l’esprit est qu’il est si facile de vendre (les grands reporters sont là pour ça) avec le malheur du monde. Sans eux, on ne saurait rien, avec eux, j’ai l’impression d’être une voyeuse. Etrange paradoxe. Pour le coup des glaces, jamais je n’aurais léché, jamais ! Et pour les photos et le Gif, c’est évidemment très beau et fort intéressant car, et c’est aussi une certitude, à Paris, on ne s’ennuie jamais. A tout bientôt.

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    1. Merci de partager vos impressions en retour, Anne, c’est ce qui fait pour moi l’intérêt d’un blog, pouvoir échanger. Concernant pour les glaces, deux ou trois commentaires me laissent un léger doute. Aurais je réussi au delà de mes espérances en terminant cet article par un canular ?

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  4. Un article à multiple entrées qui offre du beau, du bon, de la réflexion et un regret de n’avoir pas pu profiter de la nuit blanche. Les photos que tu as faites de l’hôtel particulier avec les projections de photos et les groupes de gens qui les regardent sont porteuses de cette émotion de désarroi dont tu parles, je dirais même que c’est assez perturbant pour le miroir qu’elles nous tendent, bien plus je crois que ne le sont les photographies en gros plans.
    Ah j’aime le gif, il est magnifique, je suis restée à le contempler agrandi un certain temps, il est hypnotique, et en effet il conviendrait bien à ta nouvelle au nom imprononçable.
    Et fi de l’hygiène après quelques verres de Saint-Emilion… quelle parfum de glace as-tu goûté ?

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    1. Aucun, j’ai préféré m’arrêter chez Berthillon… pour une fois, il était encore ouvert à 2 heures du matin. Merci ‘Vy, surtout pour le GIF, sur lequel j’ai pas mal travaillé (sans photoshop!). C’était une belle nuit, et j’ai du faire un choix difficile dans les photos.

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