Mongolie de l’intérieur

Ce fut mon surnom jusqu’à la fin de l’adolescence et même un peu après :

« Le chinois »

Ou le « chinetoque », le « bridé ». Pourquoi ?

Yeux bridés, pommettes saillantes, cheveux noirs et raides.

Au lieu du désormais traditionnel selfie, voici un selfeet.
Au lieu du désormais traditionnel selfie, voici un selfeet.

Curieusement, je ne me souviens pas que cela ne m’aie jamais gêné. Je ne l’ai jamais vécu comme une insulte, j’en étais même plutôt flatté. Ce sentiment d’être d’ailleurs sans savoir d’où exactement. J’éprouve encore ce sentiment réconfortant. Pourtant, personne de ma famille, d’aussi loin dans la lignée que je ne sache, n’est venu de ce continent.

Les mongols sans doute. Le sud de la France fut envahi par les mongols, je ne me souviens plus à quelle époque. Une bonne dizaine de siècles. Un coiffeur asiatique me certifia un jour que j’avais leurs cheveux, leur implantation typique. Il précisa même : Mongolie intérieure.

J’ai fait croire un jour, à une jeune fille, que j’étais mongol de pure souche. Que je savais attraper un mouchoir posé sur le sol entre mes dents, sur le dos d’un cheval au galop. Vraiment, elle l’a cru. Moi qui ne suis monté qu’une fois sur la soi-disant plus belle conquête de l’homme et qui ne suis pas prêt à recommencer…

Dans les restaurants chinois, à plusieurs reprises, cela m’est arrivé d’être accueilli par quelques mots de bienvenue lancés dans sa langue natale par le serveur. Je n’ai jamais cherché à en apprendre le moindre mot.

La grand mère de mon meilleur ami d’enfance était persuadée que j’étais un gosse réfugié du Biafra et adopté.

Autoportrait 1: faire le vide intérieur
Autoportrait 1: faire le vide intérieur

Voici donc mon portrait chinois :

Si j’étais un oiseau, je ne me poserai jamais sur le sol. A quoi bon ?

Si j’étais un arbre, j’aurai des pignes, parce que ce mot sonne bien et que ces graines sont comestibles. Ça me fait aussi penser à François Pignon, dont je partage les initiales, personnage emblématique des films de Francis Veber. Surtout celui des Fugitifs. Mais comme il m’a invité à dîner chez lui et qu’il est l’auteur du « dîner de cons »… Ou bien je serais un marronnier, parce que les enfants jouent avec ces graines, qui sont d’ailleurs confondues parfois avec le fruit du chataignier, et que ce terme journalistique désigne un article, un sujet qui revient tous les ans à la même saison.

Nom latin du marronier
Nom latin du marronnier et faute d’orthographe sur son nom commun, pas commun, non ?

Si j’étais un meuble, je serai un lit. Pour accueillir des ébats amoureux, épouser les courbes d’un corps féminin et m’imprégner de son parfum. Un lit également pour recueillir un premier cri, un dernier soupir. Et les rêves.

Si j’étais un moyen de locomotion, je serai un solex. Moitié vélo, moitié flemmard. Vitesse de croisière désinvolte, parfaite pour l’errance sans but. Une invention pétaradante mais en sourdine, presque ubuesque.

Si j’étais une planète, je serai un astéroïde, entre deux systèmes solaires. Un truc biscornu, qui passe du givré à l’ébullition et se joue de la gravitation. Je frôlerai parfois la Terre, pour crépiter, faire croire à la fin du monde imminente, provoquer des signes de croix, ou des vœux.

Si j’étais une contrée, plutôt qu’un pays car je ne suis pas collectionneur de drapeaux… Disons un no man’s land, une contrée fantaisiste, imaginaire. San Antonio (Frédéric Dard) avait inventé, entre autres, un pays, le Kelsaltan dont les habitants s’appelaient les « Kelsaltipes ». Ma contrée, elle, s’appellerait l’Akoabonie et ses citoyens les akoabonistes. Des faiseurs de plaisantristes comme disait Gainsbourg chanté par Birkin.

Si j’étais un mot ? Canular. J’en ai fais beaucoup. Et des insensés. J’en raconterais certains prochainement, les miens et d’autres plus fameux dans le domaine littéraire ou autres. Le défi de rendre crédible le plus improbable. De faire croire à l’impossible. Qui sait, cet autoportrait, cet article, ce blog ne sont peut être qu’un canular ? Qui sait si je suis vraiment ce que j’annonce ?

Si j’étais un film, je m’intitulerai : « Pop Up Hero ». Je l’ai d’ailleurs écrit. Autant s’écrire soi-même, n’est-ce pas ? L’histoire d’un homme quelconque qui découvre n’être qu’un personnage de fiction imaginé par une femme et qui l’obsède au point qu’elle s’efforce de se débarrasser de lui par tous les moyens. Pop up désigne ces livres pour enfants dont les illustrations se déplient pour former un décor en trois dimensions quand on ouvre les pages. Il y en a de magnifiques, de véritables œuvres d’art.

Autoportrait 2 : Ruminer des pensées…
Autoportrait 2 : Ruminer des idées… pas forcément noires.

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14 réflexions au sujet de « Mongolie de l’intérieur »

  1. Ah! Le coup du « ramassagedemouchoiraveclesdentsengalopant » trop fort gonflé, trop drôle, tu as du te régaler! Quant au « Chinois », c’est vrai que tu le portais bien et avec décontraction si bien que ça ne m’a jamais posé question!
    Très sympa cet autoportrait!

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  2. Enchanté aussi 🙂 Ah le mythe de la descendance mongole ancestrale… On dit qu’il faut avoir une espèce de tache de naissance bizarre pour en être. J’ai récemment mis au monde un petit métis francoréen : j’espère que comme vous, il sera patient concernant les blagues lourdes de ses futurs camarades de classe.

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  3. Vous avez une drôle de façon de faire le vide intérieur. Si vous étiez un oiseau, posez-vous un peu quand même (vous ne vous appelez pas Jonathan Livingston), je vous conseille le crâne des gens, en plus ce serait un excellent moyen de locomotion.
    J’adore les pop-up, ne les laissons pas qu’aux enfants. J’avais même le grand projet d’en réaliser. Je suis une fondue du papier.
    Hé bien c’est très sympa ce petit autoportrait qui est peut-être un canular 🙂

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